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Pour bien poser les choses, un rapide exposé de là où "j'ai été" amené depuis que cette saloperie a fait irruption dans ma vie.
J'ai d'abord été progressivement de moins en moins capable de monter ou de descende les escaliers sans m'appuyer sur une main courante, de sauter, de courrir, de marcher vite, de marcher tout simplement. Jusqu'à en être totalement incapable. Puis rien qu'en marchant, je me cassais la gueule dans la rue. Alors j'ai pris une canne, pour avoir un point d'appui et une sorte de "signalisation". Ca aussi, le regard des gens dans la rue qui ne comprennent pas, alors qui se raccrochent à ce qu'ils connaissent : "il est bourré", "il est drogué", "il va kidnapper mon enfant", "il faut appeler les pompiers", etc... Et je n'éxagère pas : je me souviens d'une fois où j'étais tombé, et où malgré mes supplications (oui, j'en étais - déjà - là) un passant a voulu appeler les pompiers et qu'il a recommandé à un autre de me maintenir à terre. Véridique. Et des annecdotes comme ça, j'en ai à la pelle...
Mes pertes d'équilibre m'ont aussi valu une fracture du péronée, et un nombre incalculable d'entorses. Bref, il est vite devenu évident que je ne pouvais plus marcher sur deux jambes - ni trois. Aujourd'hui j'ai un rollator (un déambulateur à trois roues) pour les petits déplacements, un fauteuil roulant pour tous les autres, et je ne sors pratiquement plus - je me rends compte que j'ai développé une sorte de phobie. J'habite en région parisienne, et ça fait presque cinq ans que je n'ai pas mis les pieds dans un transport en commun.
Parallèlement à ça mes gestes sont devenus au fil des années de moçins en moins précis, en particulier les petits. Pour ne citer que quelques exemples, mettre une clé dans une serrurre me prenait environ deux minutes, je m'y reprenais environ à dix fois avant d'appuyer sur un bouton d'ascenseur, et quand j'essayais de prendre un verre je le renversais une fis sur trois. Pas nune fois pris, mais en voulant le prendre. Même l'écriture est devenu pour moi quelque chose d'impossible ; rien que le fait de tenir un crayon...
Mes yeux aussi s'y sont mis : je suis quasi incapable de les fixer devant moi : pour fixer, je regarde dans les coins, au sens propre. Je bloque mes yeux comme si je voulais regarder tout en haut, puis je baisse la tête.
J'arrête là la liste à la Prévert, qui pourrait être deux fois plus longue cependant. Tout ce que je peux dire, c'est qu'avec la thiamine, certaines choses s'améliorent. Pourvu que ça continue !
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